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Les femmes en génie : entrevue avec Réjeanney Aimey, ing. MBA

Depuis 1992, Ingénieurs Canada célèbre chaque année l’excellence en ingénierie en faisant du mois de mars le Mois national du génie. Le thème de cette année, « Une place pour toi », porte sur l’inclusion, la diversité et les possibilités dans le monde du génie. En cette Journée internationale des femmes, l’occasion est idéale pour présenter des ingénieures inspirantes et pour montrer aux techniciennes et aux  scientifiques en herbe à quel point une carrière en génie peut être gratifiante. Voici l’entrevue menée par Adecco avec Réjeanne Aimey, ing., MBA, une ingénieure inspirante et expérimentée de Toronto. Elle nous parle de son expérience dans le domaine des STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques), non seulement comme femme, mais aussi comme personne de couleur dans ce domaine hautement compétitif et autrefois très exclusif.

 RejeanneAimeyNée au Canada, Réjeanne a vécu à Trinité-et-Tobago de l’âge de 3 ans jusqu’à la fin du secondaire. Initiée à la musique dès l’âge de 6 ans, elle a obtenu la plus haute certification en théorie musicale et en piano décernée par le Trinity College of Music de Londres. Au secondaire, elle a fréquenté une prestigieuse école pour filles, Bishop Anstey, qui ne recrute que les meilleures élèves. À son retour au Canada, elle s’est inscrite à l’Université Western Ontario de London, où elle a obtenu un baccalauréat en génie mécanique. Réjeanne a ensuite travaillé dans divers domaines : recherche et développement, génie structural, bruits et vibrations, analyse de longévité à l’aide de la méthode des éléments finis, amélioration continue sans gaspillage, génie des réacteurs nucléaires, entretien d’équipements industriels lourds, mise en œuvre de logiciels et consultation en recherche scientifique et développement expérimental. Elle est membre de l’Ordre des ingénieurs de l’Ontario et de la Ontario Society of Professional Engineers. Tout en travaillant, elle a fait une maîtrise en administration des affaires à l’Université de Phoenix. Réjeanne veut raconter son histoire afin d’encourager les autres à se dépasser, de favoriser l’apprentissage des STIM chez les jeunes et de promouvoir la profession d’ingénieur en Ontario.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers les STIM?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été curieuse. Je me rappelle que très jeune déjà, je voulais savoir comment mes jouets fonctionnaient et surtout, comment ils bougeaient. J’ai rapidement réalisé que les jouets de mon frère étaient beaucoup plus intéressants que ceux qu’on me donnait à moi. Même aujourd’hui, les jouets pour garçons sont conçus de façon à se mouvoir seuls, contrairement aux jouets destinés aux filles; celles-ci doivent faire appel à leur imagination pour les faire bouger! J’ai joué avec les deux types de jouets, mais ceux qui étaient conçus pour les garçons stimulaient immédiatement ma curiosité et m’ont davantage aidée à développer mon intelligence.

Par ailleurs, il se passait toujours près de chez moi quelque chose d’intéressant qui attirait mon attention : du mélange du ciment à la préparation d’un gâteau, en passant par le  jardinage ou la construction d’un bassin ou d’une niche, tout me stimulait.

Lorsque j’ai été exposée aux sciences pour la première fois, à l’école, j’ai tout de suite su que c’était pour moi. Plus je faisais de sciences, plus mon intérêt grandissait, et je n’ai jamais regardé en arrière.

Petite, avez-vous toujours su que vous vouliez être ingénieure?

À dire vrai, j’ai toujours su que c’était une possibilité, mais j’ai hésité à l’adolescence parce que j’aimais beaucoup les arts. Je ne suis pas Monet, mais je rappelle avoir pensé que j’aimais autant les sciences que les arts et avoir envisagé l’architecture, qui représentait à mes yeux la combinaison parfaite des deux. Finalement, j’ai quand même choisi le génie, qui me semblait beaucoup plus stable, en me disant que je pourrais toujours développer mon côté artistique autrement.

Je dois ajouter que mon père est ingénieur civil et que ma famille élargie compte de nombreux ingénieurs dans tous les domaines. Pour beaucoup de monde, il semblait évident que je choisirais cette voie, mais mes parents ne m’y ont jamais obligée. Lorsque je leur ai annoncé ma décision, ils m’ont simplement appuyée avec joie.

Avez-vous été encouragée ou inspirée par un mentor ou un modèle du domaine des STIM?

« Je ne pense pas avoir eu comme modèle une femme noire en particulier, ingénieure ou scientifique, mais je me rappelle de nombreuses femmes qui avaient surmonté des stéréotypes sexistes.»

À l’école secondaire que j’ai fréquentée, on nous donnait le sentiment qu’il n’y avait pas de limites à ce que nous pouvions faire. Je ne pense pas avoir eu comme modèle une femme noire en particulier, ingénieure ou scientifique, mais je me rappelle de nombreuses femmes qui avaient surmonté des stéréotypes sexistes dans plusieurs autres domaines. Tout ce que je savais, c’est que j’aimais le mouvement et les sciences, que j’étais bonne à l’école et que je pouvais choisir ce que je voulais : j’ai choisi le génie.

Avez-vous subi des préjugés sexistes ou racistes lors de votre formation technique et dans votre profession?

Je répondrais « oui », mais c’était beaucoup plus du racisme que du sexisme. Ce qui me permet de l’affirmer, c’est que même si je suis née au Canada, j’ai été élevée dans un autre pays, constitué d’une mosaïque de races et de cultures. Mes proches occupaient des postes dans le domaine qu’ils avaient choisi, la plupart des dirigeants du pays me ressemblaient, j’étais entourée de personnes qui me ressemblaient aussi, et à l’école personne ne voyait ses ambitions brimées en raison de son statut socio-économique; je n’ai donc jamais douté de mes compétences et de mes objectifs. J’ai fréquenté l’une des meilleures écoles et étudié auprès de certaines des femmes les plus intelligentes et accomplies que je rencontrerai dans ma vie. Je sais donc ce qu’est un traitement égalitaire, et j’ai ressenti clairement la différence en revenant au Canada.

Comment avez-vous surmonté ces préjugés, psychologiquement et pratiquement?

« Étant donné la diversité de mes champs d’intérêt, lorsque les choses ne se passent pas bien dans un secteur, je reste motivée et occupée par mes autres activités.»

Je suis ambitieuse, résolue, dynamique et déterminée — des qualités que m’ont transmises ma famille, mes amis, mes enseignants et mes aînés. Cela m’a sûrement aidée à évoluer dans cet environnement. La plupart du temps, j’ignorais les insultes et j’étais reconnaissante des occasions qui se présentaient. Chaque fois que j’en ai eu besoin, une avenue s’est ouverte, et cela a compensé tous les commentaires racistes, sexistes ou injustes. Pour être honnête, je crois que certaines des personnes qui plaçaient ces obstacles sur ma route n’étaient pas conscientes du fait que leurs décisions étaient davantage basées sur leurs perceptions quant à ma race et à ma culture que sur mes compétences réelles.

Je suppose aussi qu’étant donné qu’étant donné la diversité de mes champs d’intérêt, lorsque les choses ne se passent pas bien dans un secteur, je reste motivée et occupée par mes autres activités.

Selon vous, comment peut-on mieux encourager les filles et les femmes — particulièrement les femmes de couleur — à choisir le génie?

D’abord, je pense qu’il faut continuer à exposer les enfants aux sciences et aux technologies. Dans le monde moderne, les STIM peuvent s’appliquer pratiquement à tous les domaines; il n’y a donc aucune excuse pour en exclure une partie de la population parce qu’on pense qu’elle ne s’y intéresse pas. Je pense que si l’on présente les STIM avec les qualités dont devrait faire preuve tout bon professeur – l’intelligence, la patience, la bienveillance, l’attention, l’équité et la justice –, tous les enfants peuvent y exceller.

Qu’on soit garçon ou fille, je pense qu’il faut commencer dès l’enfance. Si les enfants ne sont pas inspirés par leurs jouets ou par l’influence positive de proches, il faut les intéresser au domaine des STIM grâce à un système d’éducation juste et équitable. Il y a aussi beaucoup de projets parascolaires qui peuvent y contribuer. L’un d’eux, auquel je contribue, est un concours de conception ouvert aux filles de 11 à 14 ans (le Women in Engineering and Science (WIES) Design Competition) qui se déroule sur deux fins de semaine en été. L’année dernière, nous avons montré aux enfants comment concevoir, construire et commercialiser des applications mobiles sur les blessures sportives courantes. Cette année, nous espérons inclure la conception mécanique et l’impression en 3D. L’an dernier, les solutions proposées par les enfants étaient comparables à celles de professionnels. Nous cherchons des commanditaires, des bénévoles et des participants pour le concours de juillet prochain; c’est une occasion extraordinaire pour les éducateurs et les commanditaires de s’impliquer et de faire une différence sur le terrain.

Comme société, nous avons tendance à n’apprécier que les personnes que nous connaissons ou qui nous ressemblent; tant que nous ne dépasserons pas cela, je crois qu’il faut proposer aux filles de couleur des modèles de femmes de couleur dans le domaine des STIM pour qu’elles sachent que c’est possible pour elles aussi. Des entrevues comme celle‑ci, de même que la récente émission HERstory In Black à CBC et le projet How She Hustles y contribuent certainement. J’aimerais donc remercier Adecco de m’avoir choisie.

Concrètement, que peuvent faire les éducateurs, les législateurs et les employeurs rendre le génie plus accueillant pour les femmes?

Les éducateurs peuvent s’assurer que tous les enfants sont également exposés aux STIM et les orienter vers les ressources qui correspondent à leurs intérêts.

Les législateurs peuvent s’efforcer d’éliminer la sélection et le classement dans les écoles pour que tous les enfants (peu importe leur race ou leur genre) aient le même accès à l’information et continuent à être stimulés par les autres, qu’ils soient plus ou moins avancés qu’eux.

Les employeurs peuvent offrir des occasions intéressantes aux femmes et aux minorités et créer des programmes de mentorat encadrés afin de les aider à progresser.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes de couleur qui envisagent une carrière en génie?

« N’abandonnez jamais, et vous y arriverez. »

Foncez! Assurez-vous d’avoir de bonnes notes et si vous avez besoin d’aide, cherchez-la jusqu’à ce que vous la trouviez. Ceux qui déploient les efforts nécessaires finissent toujours par trouver les bonnes personnes, et vous devez être prêtes à ce que les « bonnes personnes » n’aient rien en commun avec vous, à part votre amour du génie. Si vous le pouvez, approfondissez vos apprentissages en participant à des projets du domaine des STIM après l’école. Éloignez-vous des gens qui tentent de vous décourager; si c’est impossible, ignorez-les, même si ce sont des membres de votre famille ou des amis « bien intentionnés ». N’abandonnez jamais, et vous y arriverez.

 

 

 

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