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Les hauts et les bas d’une mère au foyer

Il n’y a pas si longtemps, il était courant qu’un seul des deux parents – généralement, le père – travaille afin de subvenir aux besoins de ses trois ou quatre enfants ainsi que de la mère au foyer. Bien sûr, les temps ont changé et les femmes sont entrées en nombre dans le monde du travail. Actuellement, elles représentent plus de la moitié de la main-d’œuvre nord-américaine et, en raison de ce virage culturel et socioéconomique, elles doivent effectuer des choix et relever divers défis : Renoncer à fonder une famille pour réussir leur carrière? Mettre de côté leurs objectifs professionnels pour élever leurs enfants? Ou essayer de jongler avec les deux rôles? Avec le temps, ces questions sont devenues encore plus épineuses au moment où l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée se trouve de plus en plus menacé et que le coût de la vie, y compris les frais de garde d’enfants, continue d’augmenter en dépit de plus de vingt années de quasi stagnation sur le plan de la hausse du revenu. En fait, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les ménages canadiens les plus aisés – ceux où les deux parents travaillent – ont dépensé 18 % de leur revenu net en frais de garde d’enfants, ce qui confère au Canada le 5ème rang parmi les 30 pays industrialisés étudiés quant à la proportion la plus élevée de tels frais. Compte tenu de cette statistique, on constate sans surprise que plus des deux tiers des Canadiennes ayant des enfants de moins de cinq ans sont sur le marché du travail. À l’inverse, dans certaines régions, les femmes choisissent de rester mères au foyer, simplement parce que les frais de garderie surpassent le salaire qu’elles toucheraient dans leur éventuel emploi. Mais que se passe-t-il quand une mère au foyer décide de retourner travailler ?

Malheureusement, les mamans qui sont restées à la maison ont de la difficulté à réintégrer le monde du travail. En fait, pour des personnes peu ou moyennement spécialisées, un tel choix peut se révéler nuisible car, selon une récente étude menée par des économistes suédois, une période de neuf mois sans emploi correspond à une perte de quatre années d’expérience. En outre, si les données en provenance des États-Unis ont les mêmes répercussions chez nous, toute mère au foyer cherchant à revenir sur le marché du travail, peu importe ses compétences, a de bonnes raisons de s’inquiéter. Selon une enquête effectuée par un groupe de spécialistes de New York, The Center for Work-Life Policy, 73 % des femmes qui quittent volontairement la population active ont de la difficulté à trouver un emploi lorsqu’elles tentent de revenir sur le marché du travail. Et, selon une étude menée par la Wharton School de l’université de Pennsylvanie, plus de la moitié des femmes qui trouvent un emploi aboutissent dans une entreprise plus petite que celle qu’elles avaient quittée, tandis que l’université Cornell a découvert qu’une femme ayant des enfants, même si elle n’est pas mère au foyer, a deux fois moins de chance d’être rappelée à la suite d’une demande d’emploi qu’une femme ayant une expérience similaire mais sans enfant – et une mère au foyer qui est retenue pour un emploi est embauchée à un salaire moindre que les femmes sans enfant ou les hommes.

Pourquoi embaucher une mère au foyer qui revient sur le marché du travail?

À ce sujet, l’étude de l’université Cornell est particulièrement troublante car elle expose l’application d’une double norme par les employeurs vis-à-vis des pères et des mères : on juge généralement que les pères travaillent de façon plus responsable que les hommes sans enfant, tandis que les mères sont couramment considérées comme étant moins consciencieuses au travail que les femmes sans enfant. (Ironiquement, les pères qui restent à la maison sont encore plus stigmatisés par les employeurs que les mères au foyer, selon des données obtenues du gouvernement américain.) Ce principe du « deux poids, deux mesures » n’est pas seulement répréhensible sur le plan moral, il a aussi une incidence néfaste sur l’économie – ce qui ne constitue pas en soi une bonne nouvelle pour les employeurs. Tel que rapporté dans The Globe and Mail l’automne dernier, 61 % des diplômés canadiens de niveau postsecondaire sont des femmes. Avec le million de postes vacants qui pointent à l’horizon en raison du départ imminent à la retraite des baby-boomers, le pays aura besoin de cette main-d’œuvre compétente pour contribuer à stabiliser l’économie. En continuant de faire de la discrimination contre celles qui ont décidé d’interrompre leur carrière pour élever leurs enfants – voire toutes les mères –, on court tout droit à la catastrophe. Cette perspective a même alimenté des demandes dans tout le Canada pour que les gouvernements débloquent des fonds afin d’alléger le fardeau des parents en ce qui concerne les frais de garde d’enfants; une telle mesure a déjà été adoptée par le gouvernement britannique, qui reconnaît l’importance de la contribution à l’économie du pays des mères au foyer qui retournent sur le marché du travail.

Bien sûr, l’une des principales préoccupations des employeurs à propos de l’embauche d’une mère au foyer est le prétendu « hiatus professionnel »; ils craignent que ces mères soient « rouillées » et que leurs compétences soient devenues totalement obsolètes. Bien que cette hypothèse puisse s’avérer dans certains domaines, les employeurs ne devraient pas présumer aussi rapidement d’une telle situation, tout comme ils ne devraient pas considérer que les mères sont moins consciencieuses au travail que les femmes sans enfant. Les employeurs devraient songer, au besoin, à investir dans la formation et à miser sérieusement sur les compétences transférables qu’une mère au foyer peut avoir acquises hors du monde du travail, telles que ses aptitudes pour l’organisation, la gestion du temps et l’établissement d’un budget. De telles compétences ne se manifestent pas seulement dans le cadre de l’éducation d’un enfant, mais aussi dans des activités de bénévolat ou d’un travail à temps partiel que de nombreuses mères au foyer décident d’entreprendre – et où, souvent, elles excellent.

Qu’est-ce qu’une mère au foyer, ou tout parent qui est resté à la maison, peut faire pour réussir son retour au travail?

Il est évident que la responsabilité d’assurer que les parents qui sont restés à la maison trouvent un emploi décent lorsqu’ils décident de retourner sur le marché du travail ne repose pas uniquement sur les épaules des employeurs. Il y a de nombreuses choses qu’un père ou une mère au foyer peut faire pour améliorer ses chances de trouver un bon emploi.

  • Se tenir au courant des dernières innovations dans son secteur d’activité

    Étant donné la grande crainte des employeurs de voir les compétences des parents qui sont restés à la maison s’émousser pendant leur période hors du monde du travail, il est important pour chaque père et mère au foyer de demeurer bien au fait des récents développements dans son domaine professionnel et d’indiquer clairement ces connaissances dans son curriculum vitæ.

  • Maintenir un réseau professionnel

    Chaque père et mère au foyer devrait conserver ses liens avec d’anciens collègues et superviseurs car ce sont des gens qui savent exactement ce qu’ils peuvent accomplir au travail. Sans compter que ces derniers peuvent se révéler utiles lors du retour sur le marché du travail. Pour entretenir ce réseau, il convient de garder un profil LinkedIn bien étoffé – il s’agit là d’un des moyens les plus efficaces de demeurer en contact avec d’ex-collègues de travail.

  • Se préparer pour les entrevues

    Parfois, un parent au foyer peut rater une bonne occasion de décrocher un emploi parce qu’il a perdu l’habitude de réussir une entrevue. C’est pourquoi le père ou la mère qui est resté à la maison devrait régulièrement s’entraîner aux entrevues avec son conjoint ou avec un(e) ami(e) afin de combler cette lacune.

  • Bénévolat ou travail à temps partiel ou contractuel

    Comme il a été mentionné plus haut, le bénévolat constitue une très bonne façon pour un père ou une mère au foyer de peaufiner ses compétences ou même d’en acquérir de nouvelles. Toutefois, pour beaucoup, le travail bénévole n’est pas suffisant. C’est pourquoi de nombreux parents qui restent à la maison choisissent plutôt de travailler à temps partiel ou à titre de travailleur autonome, tout en élevant leurs enfants.

Il va sans dire que les diverses solutions présentées ci-dessus s’appliquent plus facilement à certains qu’à d’autres. C’est pourquoi chaque parent au foyer doit évaluer correctement sa propre situation. Il est possible qu’on ne dispose pas d’assez de temps pour travailler à temps partiel, ou alors, lorsque le temps sera venu de réintégrer le marché du travail, il sera peut-être préférable de retourner aux études pour amorcer une réorientation professionnelle. Quelle que soit la situation, il ne fait aucun doute que le Canada a besoin de réadmettre dans sa population active les pères et les mères qui étaient restés à la maison pour élever leurs enfants et que ceux-ci soient embauchés à des postes qui leur conviennent véritablement. La dernière chose dont l’économie a besoin, c’est qu’une grande source de talents se voit refuser l’accès à de bons emplois à cause de préjugés archaïques.

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