Aller au contenu principal

Le paradoxe de l’expérience de travail canadienne

Par Nicolette Mueller, vice-présidente, Gestion du risque juridique, Adecco Canada

Combien de fois avons-nous entendu ces doléances? Dans la liste d’épicerie des exigences requises pour le recrutement de candidats que nous fournissent des clients, figure très souvent l’« expérience de travail canadienne ». Toutefois, la Commission ontarienne des droits de la personne a récemment mis son poing sur la table dans l’espoir de faire changer cette mentalité.

La Commission ontarienne des droits de la personne est une agence gouvernementale chargée de concevoir des politiques publiques sur les droits de la personne. Elle s’appuie sur le Code des droits de la personne, selon lequel il est illégal pour des employeurs d’agir de façon discriminatoire envers ses employés sous différents motifs incluant la race, la religion, un handicap, le sexe, l’orientation sexuelle, l’origine ethnique et le pays d’origine (pour ne nommer que ceux-là).

La Commission a récemment publié la Politique sur la suppression des obstacles liés à l’« expérience canadienne », qui stipule qu’il est discriminatoire pour des employeurs d’exiger que les candidats aient une expérience de travail au Canada, sauf en cas de circonstances vraiment exceptionnelles.
Depuis des années, il est difficile d’ignorer les manchettes des médias et les statistiques. Presque la moitié des habitants de Toronto provient de l’extérieur du Canada, une proportion plus grande que dans toute autre métropole, y compris New York, Miami et Sydney. En tant que Canadiens, nous accueillons favorablement cet afflux d’étrangers, et ce, pour de nombreuses raisons, d’autant plus que d’un point de vue économique, l’entrée constante de nouveaux arrivants contribue à pallier la pénurie de travailleurs causée par la hausse des départs à la retraite. Pourtant, malgré nos bras grands ouverts, c’est la population de cette récente vague d’immigration qui se voit attribuer les emplois nécessitant peu ou pas de spécialisation – et, selon la Commission, ce phénomène n’est pas attribuable à un manque de compétences ou de formation. Bon nombre d’études ont conclu que l’exigence d’une expérience de travail canadienne crée un obstacle considérable pour l’accès à des emplois de niveaux supérieurs.

Cette mentalité a placé de récents immigrants dans une position paradoxale : ils ne peuvent pas décrocher un emploi sans avoir une expérience de travail canadienne mais ils ne peuvent pas obtenir une expérience de travail canadienne sans un emploi. Sans compter que plusieurs corporations professionnelles (qui régissent et réglementent les professions comme celles des ingénieurs, des comptables, des avocats et des professionnels de la santé) imposent des exigences similaires d’expérience de travail canadienne comme condition à une reconnaissance professionnelle. Mais avec l’aide du Bureau du commissaire à l’équité de l’Ontario, dont le mandat est de veiller à ce que les pratiques de réglementation professionnelle soient justes et équitables, cette attitude institutionnelle est en train de changer (les progrès réalisés depuis sa création en 2007 sont évoqués dans son plus récent rapport annuel).

J’ai assisté au lancement par la Commission de sa Politique sur la suppression des obstacles liés à l’« expérience canadienne » en juillet dernier. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre un immigrant récent très qualifié, qui avait travaillé dans plusieurs pays, dire qu’il ne s’était jamais vu imposer auparavant une telle exigence, à savoir une expérience de travail locale. Au contraire, dans de nombreux autres pays développés, l’expérience acquise à l’étranger est valorisée. Pour des raisons obscures, il est devenu normal de penser chez les employeurs canadiens que notre façon de faire des affaires est si unique que les candidats nés, formés et ayant acquis une expérience de travail à l’étranger ne pourraient accomplir les fonctions liées à leur emploi au Canada.

Il est donc temps de revoir nos exigences courantes et de réévaluer ce qu’un candidat doit posséder pour bien exécuter les tâches de son emploi. Voici quelques-unes des pratiques exemplaires proposées par la Commission :

  • Recourir à des méthodes fondées sur la compétence pour déterminer si les candidats possèdent les aptitudes et les capacités nécessaires à l’emploi.
  • Tenir compte de toute expérience professionnelle pertinente, quel que soit le lieu où elle a été acquise.
  • Formuler les qualifications nécessaires à l’emploi ou les critères de poste en termes de compétences ainsi que de connaissances et d’aptitudes liées à l’emploi.
  • Examiner les exigences en matière d’emploi, les descriptions de poste, les pratiques de recrutement/d’embauche et les critères d’accréditation afin de s’assurer qu’ils ne comportent aucun obstacle pour les nouveaux arrivants qui se portent candidats.
  • En cas de doute concernant la capacité d’un candidat de mener à bien les tâches de l’emploi, lui donner la possibilité de démontrer ses qualifications au moyen d’un stage rémunéré, d’un contrat à court terme ou d’un poste assorti d’une période d’essai (cette mesure pourrait être appliquée à n’importe quel candidat).
  • Il arrive souvent que les employeurs exigeant une expérience de travail canadienne expriment leur préférence pour des candidats en s’appuyant sur des critères subjectifs, tels que le « profil idéal » par rapport à la culture de travail de leur organisme. Si cela pose un problème, il convient d’envisager de fournir aux nouveaux arrivants des renseignements sur les normes en vigueur sur le lieu de travail, ainsi que sur les attentes et les possibilités au sein de l’organisme.

 
Source : Le contenu du présent article est tiré de la Politique sur la suppression des obstacles liés à l’« expérience canadienne » de la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :