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Comment recruter plus de femmes dans les secteurs de l’ingénierie et de la technologie

Malheureusement, les femmes se sont toujours faites rares dans le domaine de l’ingénierie. Et la situation est identique dans le secteur de la technologie, tout particulièrement dans les technologies de l’information (TI), et des autres secteurs techniques, y compris les mathématiques et les sciences. Rien qu’au Canada, l’inscription des femmes en ingénierie est passée de 21 % en 2001 à seulement 17 % en 2009, et à peine 10 % des diplômés d’un brevet en ingénierie sont des femmes. De la même manière, la gent féminine ne formait qu’environ le quart de la population étudiante aux programmes des technologies de l’information et des communications en 2009, selon l’Association canadienne de la technologie de l’information (ACTI). Mais cette tendance ne s’observe pas qu’au Canada; les programmes d’ingénierie et de technologie des États-Unis et du Royaume-Uni accusent un déficit similaire. En fait, selon l’American Association of University Women (AAUW), les femmes ne comptent que pour environ 25 % des étudiants en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (les fameux domaines STEM en anglais).

Autrefois, de ridicules stéréotypes véhiculaient l’idée que les femmes n’étaient pas aussi bonnes que les hommes dans les domaines techniques. Évidemment, de nombreuses études ont démenti ces stéréotypes depuis leur apparition. Alors, si les femmes peuvent aussi bien réussir que les hommes en ingénierie et en technologie, les questions suivantes se posent : Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes en ingénierie? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes en technologie? Certaines réponses à ces questions risquent d’être troublantes, suggérant une discrimination sexuelle à l’échelle de ces secteurs d’activité ou encore que notre société s’accroche à de fausses convictions qui ont la vie dure à propos de la moitié de la population. Or, l’absence de près de la moitié de la main-d’œuvre potentielle dans les secteurs qui sont vraisemblablement les plus importants du Canada est non seulement une honte, mais aussi une menace pour l’économie. La diversité des sexes, des cultures et des groupes d’âge est source de créativité et d’innovation. Sans elle, des équipes, des entreprises et des industries tout entières peuvent facilement stagner sur le plan intellectuel.

Que veulent les filles?

En réalité, bon nombre d’écoles et d’entreprises des secteurs de l’ingénierie et de la technologie ont mené des campagnes assez vigoureuses pour attirer les femmes. La société Lego fut même récemment louangée pour avoir ajouté une femme scientifique parmi ses figurines. De nombreuses personnes espèrent que ce geste fera naître l’amour des sciences chez les petites filles (tout comme l’amour de la construction) et contribuera à éliminer définitivement la supposition que seuls les garçons peuvent faire carrière dans les domaines techniques.

Toutefois, malgré tous ces efforts, les établissements d’enseignement et les employeurs ratent la cible. En fait, on croit que le problème d’image des secteurs de l’ingénierie et de la technologie auprès des femmes repose notamment sur le problème même qu’ils essaient de régler : l’importante proportion d’hommes par rapport aux femmes. Paradoxalement, ce profond déséquilibre mine tous les efforts déployés pour corriger la situation pour les raisons suivantes : 1) il y a très peu de modèles féminins pour inspirer les femmes et les convaincre qu’elles ont leur place dans ces domaines; et 2) il semble y régner une discrimination sexuelle systématique qui, en réalité, n’existe pas.

Par ailleurs, on explique souvent le peu d’intérêt qu’affichent les femmes pour les secteurs de l’ingénierie et de la technologie par l’incapacité des joueurs de ces secteurs à bien montrer de quelle façon ils contribuent à améliorer le quotidien des gens. Bien que cela semble sexiste (mais néanmoins flatteur) de suggérer que les femmes préfèrent des emplois à caractère plus humain par rapport aux hommes, une étude menée en 2010 par l’University of Wisconsin révèle que même chez les jeunes enfants d’à peine cinq ans, les garçons montrent une préférence marquée pour les professions mieux rémunérées, comme celles d’architecte, d’avocat et de chimiste, alors que les filles optent davantage pour des professions plus axées sur autrui, comme celles d’infirmière, d’enseignante et d’éducatrice. Que ces résultats indiquent un lien biologique ou une simple influence des normes socioéconomiques actuelles (qui pourraient évoluer avec la progression des femmes à occuper des postes dans les domaines non traditionnels pour elles), il n’en reste pas moins que les établissements d’enseignement et les employeurs ne réussiront pas à attirer plus de femmes dans les secteurs de l’ingénierie et de la technologie s’ils ne modifient pas leur message de façon à souligner les bienfaits que les travailleurs de ces secteurs apportent aux gens et à la société.

Même la responsable d’une des plus grandes réussites du secteur des TI, Marissa Mayer – la première ingénieure de Google et actuellement chef de la direction de Yahoo, rapportait au Huffington Post en 2011 : « Dans une certaine mesure, les femmes – plus que les hommes – veulent réellement voir la portée de leur travail sur la vie quotidienne de la population. Beaucoup de femmes n’ont pas compris à quel point l’informatique touche la population. »

Comment les femmes en ingénierieet en technologie en sont arrivées là

Le fait de ne pas comprendre ce que les femmes recherchent dans une carrière du domaine technique ne suffit pas à expliquer l’échec des nombreuses stratégies marketing déployées par les secteurs de l’ingénierie et de la technologie. Malheureusement, ces campagnes n’arrivaient pas à cerner vraiment comment les femmes s’appliquent à faire leur chemin dans les disciplines de nature technique. Selon l’ACTI, les femmes percent les marchés techniques en empruntant de plus nombreux détours que les hommes. Tandis que les hommes embrassent plus directement une carrière technique en étudiant dans des disciplines liées à l’ingénierie ou aux technologies, les femmes qui aboutissent dans ce secteur d’activité y arrivent de façon presque fortuite, car ce type de carrière en vient à chevaucher d’autres disciplines non techniques. Même Marissa Mayer, qui aspirait d’abord à une carrière de neurochirurgienne pédiatrique, n’a acheté son premier ordinateur qu’une fois arrivée à l’université, sans compter qu’elle a failli décliner l’offre de Google pour joindre les rangs de la célèbre société d’experts-conseils McKinsey & Company.

Ce que les employeurs et les établissements d’enseignement peuvent faire

Récapitulatif :

  • Le nombre de femmes en ingénierie et de femmes en technologie est cruellement bas.
  • Une plus grande proportion de femmes dans ces domaines représenterait un gain de créativité et d’innovation et assurerait probablement un avenir plus prospère pour le Canada.
  • Les femmes sont davantage attirées par une carrière où elles savent que leurs actions pourront  avoir une influence constructive sur les gens.
  • Les femmes qui travaillent dans un domaine technique ont souvent fait ce choix parce qu’une discipline technique chevauchait une autre discipline non technique qui les intéressait.
  • Les entreprises et les établissements d’enseignement des domaines techniques n’ont pas été en mesure d’attirer les femmes, en dépit de tous leurs efforts.
  • Cette lacune semble s’expliquer par :
    • la pénurie actuelle de femmes dans les secteurs de l’ingénierie et de la technologie;
    • l’incapacité de faire connaître les éléments humains inhérents à ces disciplines;
    • l’incapacité de démontrer comment les postes techniques sollicitent l’utilisation de compétences non techniques.

Il apparaît évident que c’est sur ces trois derniers points fondamentaux que les établissements d’enseignement et les employeurs des secteurs de l’ingénierie et de la technologie doivent axer leurs actions pour recruter davantage de femmes :

  • Braquer les projecteurs sur plus de femmes

    Étant donné que la pénurie de femmes dans les domaines de l’ingénierie et de la technologie constitue un obstacle à un recrutement féminin plus important, les établissements d’enseignement et les entreprises devraient axer leurs efforts de marketing sur la mise en valeur de ces femmes qui brillent dans ces secteurs. Il faudrait parler d’elles dans des publications et leur demander d’aller donner des conférences dans les maisons d’enseignement et les foires d’emplois. Il faut les placer à l’avant-scène. C’est alors seulement qu’elles deviendront les modèles dont nous avons désespérément besoin pour inspirer les jeunes filles à faire carrière dans les domaines techniques; ce sont aussi elles qui pourront détruire les mythes et faire échec à la discrimination sexuelle systématique qui semble régner dans ces secteurs d’activité.

  • Souligner à quel point l’ingénierie et la technologie améliorent la vie des gens

    Il ne devrait pourtant pas être difficile d’expliquer comment l’ingénierie et la technologie contribuent à améliorer le monde; leur impact est incommensurable. De nombreuses maisons d’enseignement et entreprises mettent l’accent sur la rémunération, la sécurité d’emploi ainsi que sur un mode de vie que les experts techniques apprécient. Bien que ces avantages soient non négligeables – rappelez-vous les résultats de l’étude menée par l’University of Wisconsin –, ces éléments sont davantage susceptibles de plaire aux hommes qu’aux femmes. Et, pendant que Marissa Mayer affirme que plus les femmes se familiariseront avec la technologie, plus elles seront naturellement attirées par une carrière dans un domaine technique, en attendant ce moment béni, si jamais il devient réalité, un inestimable bassin de talents potentiels est perdu.

  • Ne pas négliger les aspects non techniques des emplois de nature technique

    Selon l’ACTI, l’expression « technologies de l’information » ne laisse pas sous-entendre la vaste gamme de compétences que de nombreux postes en TI exigent en réalité. Le terme « ingénierie » dégage vraisemblablement la même connotation problématique. Le fait de mentionner dans les descriptions d’emploi des compétences non techniques, telles que des aptitudes pour les relations interpersonnelles, la communication et les affaires, se révèle non seulement plus clair pour les chercheurs d’emploi, mais contribuera aussi sans doute à attirer davantage les femmes vers les emplois de nature technique, particulièrement celles qui ne visent pas directement une carrière dans un tel secteur.

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