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Les véritables avantages du congé de paternité

L’article du mois passé sur la « maman du bureau » – en l’honneur de la fête des Mères – portait sur les stéréotypes des femmes en milieu de travail et sur le fait que les qualités généralement associées à la féminité, comme la compassion et l’affection, pourraient constituer des ajouts bienvenus dans le monde professionnel d’aujourd’hui, surtout en ce qui concerne les types de leadership. À l’occasion de la fête des Pères, nous examinons maintenant les bouleversements et les découvertes qui nous obligent à redéfinir ce que sont un homme et un père. Nous réfléchissons également aux réactions que devraient avoir les employeurs par rapport à ces nouvelles façons de voir les choses, en mettant l’accent sur les avantages du congé de paternité.
La grande récession au masculin et la nouvelle définition de la masculinité.

Environ 71 % des gens qui ont perdu leur emploi en raison de la grande récession au Canada étaient des hommes. Aux États-Unis, la proportion atteint 80 %. En fait, les femmes forment en ce moment plus de 50 % de la main-d’œuvre canadienne et américaine, une première historique. Alors, quel est le problème? En plus des nombreuses pertes d’emploi que ces chiffres représentent, particulièrement dans le secteur manufacturier et celui des ressources, ces changements, selon certains, ont bouleversé la définition de la masculinité pour un grand nombre d’hommes.

Depuis le début de la révolution industrielle, être le soutien de famille représentait le fondement même du rôle de l’homme. Les changements très récents et rapides à ce mode de vie de longue date ont mené, selon de nombreux experts, à un choc collectif éprouvé par les hommes en Amérique du Nord, chez qui l’estime de soi a été ébranlée.

Un mouvement populaire dans la culture populaire

Un grand nombre de personnes affirme que la récession au masculin représente un double coup dur pour l’homme moderne : dans les années 1990, un virage a été observé dans la culture populaire. L’homme nord-américain et le père moderne y sont souvent représentés comme des bouffons dont les innombrables maladresses sont pardonnées, encore et encore, par des femmes compétentes et influentes. Les Simpsons et Tout le monde aime Raymond sont des exemples bien connus de ce portrait, qui coïncident avec l’essor de la « métrosexualité ».

À dire vrai, ces exemples s’opposent à d’autres phénomènes de la culture populaire contemporaine, qui semblent promouvoir l’égalité entre les sexes. Fight Club, par exemple (le roman et le film), met en scène la frustration omniprésente associée à la perception d’un déclin des « vrais » hommes, blâmant la société de consommation et qualifiant les hommes de la génération X « d’une génération d’hommes élevés par des femmes ». Cette réplique vise la distance émotionnelle (et physique) des pères baby-boomers et en dit très peu au sujet des mères de la même génération. Cependant, même si on y regrette la perte de certains aspects de la masculinité, l’histoire se termine – mes excuses si vous ne le saviez pas – en suggérant qu’une rébellion débridée carburant à la testostérone n’est pas la solution. Il existe également des exemples récents, comme les séries extrêmement populaires Le Trône de fer et The Walking Dead, qui mettent en scène un ensemble de personnages forts, féminins et masculins, chacun pouvant être bon, méchant ou un peu des deux.

Redécouverte du père « moderne »

Les personnages égalitaires mentionnés ci-dessus correspondent aux modèles trouvés dans la plupart des sociétés de chasseurs-cueilleurs (le mode de vie de l’ensemble de notre espèce avant l’invention de l’agriculture), où les hommes et les femmes avaient droit au même respect et au même pouvoir. Il n’est pas « naturel » que les hommes détiennent plus de pouvoir que les femmes, tout comme l’inverse d’ailleurs. C’est pourquoi certains pensent que la récession au masculin peut avoir eu un effet positif : les hommes et les femmes redécouvrent l’égalitarisme ainsi que ses avantages pour les hommes et leurs enfants. En restant à la maison (parce qu’il a perdu son emploi ou que sa conjointe gagne un salaire plus élevé), le père moderne fait davantage de tâches ménagères et passe plus de temps avec ses enfants, ce qui, en fait, ne s’oppose pas à la définition de la masculinité, surtout selon les recherches.

Contrairement à la croyance selon laquelle les hommes doivent activement lutter contre une certaine programmation génétique ou hormonale qui autrement les pousserait à continuellement tromper leur compagne et à montrer peu d’intérêt envers leur progéniture, la réalité est toute autre. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université d’État de l’Ohio indique que plus les pères interagissent avec leurs enfants, moins ils souffrent de dépression et abusent d’alcool ou d’autres drogues. Il ne faut pas oublier les effets positifs pour les enfants : leur développement social et leurs études en bénéficient. Ces conclusions ne devraient pas vraiment surprendre, surtout en pensant aux « grossesses sympathiques » que vivent les hommes lorsque leur conjointe est enceinte. Comme la testostérone est responsable de la vigueur et de la virilité masculines, d’autres hormones, y compris l’hormone femelle appelée œstrogène, entrent en jeu lorsqu’un homme est sur le point de devenir père. Ces résultats indiquent que la définition populaire de la masculinité doit être enrichie et qu’un changement d’attitude s’impose, surtout en ce qui concerne le milieu de travail d’aujourd’hui et les avantages du congé de paternité.

Les avantages du congé de paternité pour la famille et l’entreprise

Maintenant que la société a commencé à découvrir les différentes facettes longtemps cachées de la définition de l’homme et du père, l’heure est venue de déterminer la place exacte du père moderne dans le milieu de travail d’aujourd’hui. Selon ce que nous savons sur les bienfaits pour les enfants qui passent davantage de temps avec leur père et les changements hormonaux que les hommes subissent avant l’arrivée d’un enfant, les avantages du congé de paternité sont tout simplement indéniables. Tous les pères modernes devraient être encouragés à prendre le congé de paternité pour le bien de leur enfant, leur propre épanouissement et le maintien d’une relation saine avec leur conjointe.
Les recherches signalent un taux de divorce plus bas dans les cas où le père prend un congé de paternité, indiquant encore une fois qu’être un homme ne se résume pas à être le soutien de famille. Essentiellement, les avantages du congé de paternité se résument à une vie de famille satisfaisante et durable, et celle-ci équivaut à des employés heureux et productifs. Que peuvent faire les employeurs pour inciter les jeunes papas à prendre le temps dont ils ont besoin? D’abord, les employeurs peuvent reconnaître ce que toutes les recherches montrent : la perception de ce que sont un homme et un père moderne se transforme et correspond davantage à la réalité.

Le père moderne contre l’employeur moderne

Dans l’ensemble du Canada, à l’exception du Québec, les hommes et les femmes peuvent se partager 25 semaines de congé parental rémunéré à 55 % de leur salaire, jusqu’à un maximum de 501 $ par semaine chacun. Cependant, les femmes ont droit à 10 semaines de congé de maladie et 15 semaines de congé de maternité supplémentaires. Pour un grand nombre de couples, il n’est pas évident de vivre près de la moitié d’une année en gagnant seulement 55 % de leur salaire. (Au Québec, les pères et les mères partagent 32 semaines, et les pères ont droit à 5 semaines de congé de paternité à 70 % de leur salaire.) Voilà pourquoi les mères qui gagnent un salaire plus élevé que leur conjoint renoncent parfois à ces 25 semaines de congé parental pour que le père puisse rester à la maison. Le plus souvent, toutefois, comme il est généralement reconnu qu’il est plus sain pour le bébé d’établir un lien avec la mère, c’est l’homme qui sacrifie le temps passé avec son enfant.

L’insatisfaction par rapport aux politiques sur le congé parental en Amérique du Nord est de plus en plus évidente. Par exemple, une étude du Boston College de 2011 a conclu que de nombreux futurs pères ont l’impression que leur employeur ne reconnaît pas leur situation comme il le fait pour les futures mères. Cette situation s’explique en grande partie par l’existence de préjugés traditionnels sur le rôle parental et par la grande bataille que les femmes ont livrée pour concilier famille et travail. L’étude suggère aux employeurs d’améliorer leurs relations avec les nouveaux pères en leur offrant des horaires variables, des occasions de télétravail et des services de garderie tout en leur permettant de profiter pleinement du congé de paternité. Elle conseille également aux employeurs d’adopter une approche proactive en mettant sur pied des groupes de soutien et en offrant de la documentation, ce qui pourrait contribuer à lever les obstacles sociaux traditionnels qui empêchent certains pères de parler ouvertement de leurs sentiments et ainsi de prendre le temps dont ils ont besoin auprès de leurs enfants.

À sexes égaux, frustrations égales

Revenons à la question de l’égalité des sexes. Il semble que les hommes et les femmes de partout en Amérique du Nord partagent le même sentiment par rapport à la conciliation travail-famille offerte par leur employeur… et la perception n’est pas positive. Aux États-Unis, le Pew Research Center a découvert que 50 % des hommes et 56 % des femmes trouvent qu’il est difficile de concilier travail et famille. De plus, 48 % des hommes et 52 % des femmes ont affirmé qu’ils préféreraient rester à la maison avec leurs enfants plutôt que d’aller au travail. Au Canada, les statistiques ne sont pas plus réjouissantes. Fondé sur les réponses de 25 000 Canadiens, dont la plupart étaient des parents, un sondage mené en 2012 par les chercheurs de l’Université Carleton et de l’Université Western a montré que les horaires variables ont connu une chute d’un tiers au cours des dix dernières années au Canada, que 60 % des répondants sont très stressés et que le travail, qui déborde souvent à la maison, gruge le temps passé en famille. À la lumière de ces conclusions, la réflexion des employeurs ne devrait pas se cantonner au bonheur du père moderne, mais plutôt viser à rendre tout le monde heureux.

Comme il a été évoqué précédemment, une vie personnelle heureuse, y compris une vie de famille satisfaisante, accroît la productivité de l’employé et les résultats nets de l’entreprise. Afin de créer les meilleures conditions pour leur entreprise et les employés qui la compose, les employeurs devraient mettre en place une variété de politiques profamille, et ils sont nombreux à le faire. Cependant, ces politiques, en s’appuyant sur une définition dépassée de la masculinité, négligent parfois les recherches récentes qui mettent en lumière la complexité de la masculinité, le rôle du père moderne et les véritables avantages du congé de paternité.

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