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La maman du bureau : un stéréotype féminin bienvenu?

Bon nombre d’entre nous la connaissons. Elle est toujours de bonne humeur et prompte à donner des conseils de nature professionnelle et personnelle, elle apporte souvent des plats qu’elle a mitonnés elle-même et offre à tous une oreille compatissante. Il y a un mois et demi, grâce au Wall Street Journal, elle a officiellement joint les rangs du groupe des illustres stéréotypes de tout univers de bureau et se dresse aux côtés du potineur, du grincheux et du clown, entre autres personnages. C’est la « maman du bureau » : la mère poule du monde des cols blancs, la nouvelle venue dans la longue liste des stéréotypes qui peuplent les bureaux – et surtout des stéréotypes féminins fondés sur les femmes du monde du travail.

À l’occasion de la fête des Mères, examinons à la loupe le rôle de la prétendue maman du bureau qui, comme le fait remarquer le Wall Street Journal, n’est pas nécessairement mère elle-même. Malgré cela, chaque femme perçue comme la maman du bureau a mérité ce titre en incarnant toutes les belles qualités associées au fait d’être mère : la compassion, l’attention et l’affection. Elle apporte un chaud rayon de soleil dans le sombre et froid bourbier bureaucratique. Alors, qu’est-ce qui cloche avec ce portrait? Côté stéréotypes féminins, surtout comme ils s’appliquent au monde du travail, ne s’agit-il pas ici d’un modèle positif venant équilibrer celui de la « vilaine sorcière » de haut rang? Ou bien, comme la vilaine sorcière, la maman du bureau est-elle la version actuelle de l’archétype d’un personnage de Shakespeare, naviguant dans le même scénario fatigué où toutes les femmes au pouvoir sont décidément diaboliques et toutes les femmes angéliques sont d’une faiblesse innée?

Journal d’une maman de bureau cinglée

Par définition, tous les stéréotypes sont par trop simplistes, ce qui veut dire qu’ils excluent d’emblée toutes les caractéristiques qui ne correspondent pas au modèle établi. La maman du bureau peut être chaleureuse, pleine de considération et très attentionnée, mais à ce jour, aux yeux de bien des gens, il ne s’agit toujours pas là de qualités qui correspondent à ce qu’il faut pour gérer une entreprise. Bien au contraire, même. Si c’est une femme qui tient les rênes, elle ne peut être autre qu’une Lady MacBeth, manipulant ses pairs masculins, trucidant des rois et se montrant absolument sans pitié. Bien sûr, cette image regrettable, mais persistante, des femmes en milieu de travail néglige tout autant les talents individuels que le fait le stéréotype de la maman du bureau, deux réalités qui peuvent être particulièrement néfastes. L’étiquette de maman du bureau, selon certains, apporte de l’eau au moulin des autres stéréotypes féminins dégradants : en tant que personne naturellement attentionnée, elle ne peut être aussi dévouée à son travail qu’un homme, et comme elle n’est « évidemment » pas la pourvoyeuse de la maisonnée, elle n’a pas « besoin » de décrocher un poste à salaire plus élevé.

En plus de ces préjugés discriminatoires – et, franchement, illégaux – qui continuent de priver de nombreuses femmes très assidues au travail du prestige, du pouvoir et de la paie auxquelles elles ont droit, il faut aussi tenir compte du travail supplémentaire non reconnu – et non rémunéré – qu’implique le fait d’être la maman du bureau. Presque toutes celles qui font office de maman au bureau ont un véritable titre et de véritables tâches, et vous cuisiner un gâteau de fête ne fait fort probablement pas partie de leur mandat. Certaines personnes se sont inquiétées du fait que les qualités de mère poule correspondant au rôle de maman du bureau font que les femmes concernées se trouvent exploitées et que, au fil du temps, tout travail supplémentaire qu’elles font en vient à être tenu pour acquis.

Recherchée : maman du bureau

Tandis que certains employeurs exploitent la maman du bureau, d’autres ont en fait transformé ce stéréotype en rôle officiel, dont les tâches s’étendent à pratiquement tout ce que vous pourriez vous attendre de voir dans la description de tâches d’un gestionnaire de bureau ou d’un adjoint administratif, comme l’approvisionnement et l’organisation du bureau, mais en y ajoutant la responsabilité de s’assurer que tout le monde mange, prend une pause lorsque nécessaire, et socialise avec les autres. Qu’il s’agisse d’un poste officiel ou non, une question demeure cependant : l’étiquette de maman du bureau fait-elle faire un pas en arrière aux femmes dans le monde du travail?

Certaines personnes disent que le concept de maman du bureau n’est vraiment pas si mal, puisqu’il répond à un réel besoin de la main-d’œuvre d’aujourd’hui et qu’au lieu d’ajouter aux stéréotypes féminins négatifs centrés sur la faiblesse, il souligne plutôt les qualités féminines positives jouant aujourd’hui un rôle essentiel en matière de satisfaction des employés et de rétention des personnes de talent.

Maman a raison

Alors, qui détient la vérité? La maman du bureau fait-elle s’envoler des décennies de progrès en matière de droit des femmes, où aide-t-elle plutôt à combler un vide pour nombre d’employés, propulsant du même coup les résultats de son entreprise? La vérité se situe probablement entre les deux pôles, comme c’est le cas dans la plupart des débats. Il reste que la préoccupation la plus immédiate est de savoir si l’étiquette de maman du bureau nuit aux chances de toute femme concernée d’obtenir un poste de direction. Certains disent que non, croyant que la main-d’œuvre d’aujourd’hui commence à reconnaître que les qualités typiquement attribuées aux femmes sont essentielles à un bon leadership, faisant des femmes des candidates tout indiquées pour les postes de direction. Comme les femmes sont généralement perçues comme plus attentionnées que les hommes, elles sont aussi perçues comme plus à même d’intégrer des pratiques empreintes de compassion à leurs tâches en tant que dirigeantes – pratiques qui sont intégrantes au leadership transformationnel, vu par plusieurs comme le type de leadership le plus efficace au sein de la main-d’œuvre d’aujourd’hui.

Étant donné que le moral de l’équipe, des objectifs communs et un dirigeant inspirant et motivant sont les pierres d’assises du leadership transformationnel, on croit que les femmes auraient davantage tendance que les hommes à graviter vers ce pôle de leadership. C’est en effet ce qu’elles font, selon l’Université Northwestern, tandis que les hommes gravitent plutôt vers le pôle de leadership transactionnel, qui met l’accent sur la récompense en cas de réussite et la pénalisation en cas d’échec. Le débat opposant le leadership transformationnel au leadership transactionnel peut séparer les camps tout aussi efficacement que celui qui vise à déterminer si le stéréotype féminin de la maman du bureau est en fait un modèle rabaissant ou valorisant. En vérité, dans les deux cas, la réalité se situe entre les deux pôles. Si le leadership transformationnel aide toutefois à attirer et à conserver les personnes de talent parce qu’il contribue à donner un esprit de famille à l’équipe, comme le fait la maman du bureau elle-même, alors qui de mieux pour diriger la famille du bureau que la maman du bureau?

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