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La menace du chômage chez les jeunes

Pour reprendre de célèbres paroles de George Bernard Shaw : « La jeunesse, quelle chose merveilleuse, quel crime de la laisser gaspiller par les enfants ». L’auteur aurait peu de raisons de se plaindre aujourd’hui puisque le véritable crime semble plutôt être ce que les jeunes (de 15 à 24 ans) doivent endurer simplement pour atteindre l’âge adulte. De 1997 à 2007, moins de 100 000 personnes par année venaient gonfler les rangs des jeunes chômeurs à l’échelle mondiale. Toutefois, rien qu’entre 2008 et 2009, ce chiffre a grossi pour atteindre 4,5 millions en raison de la grande récession. Les estimations actuelles indiquent que plus de 75 millions de jeunes sont sans emploi sur la planète.

Chômage des jeunes au Canada

Au Canada, le taux de chômage des jeunes est actuellement d’environ 14 %, ce qui est à peu près le double du taux de chômage global du pays. Il s’agit là d’une augmentation de trois points de pourcentage par rapport au taux d’avant la grande récession, alors qu’il était de 11,1 %, soit son plus bas niveau depuis 1982. Il faut souligner que cette augmentation de 3 % correspond à environ 215 000 emplois et que le facteur NEET du Canada, qui comprend les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni aux études, ni en formation, atteint un million.

Plusieurs font valoir qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter du taux de chômage actuel chez les jeunes, particulièrement lorsque l’on sait qu’il était supérieur à 17 % pendant la récession du début des années 1990 et supérieur à 19 % pendant la récession du début des années 1980. Néanmoins, il importe de rappeler qu’un taux de chômage officiel est souvent biaisé pour paraître plus positif qu’il ne l’est en réalité parce qu’il ne tient pas compte des chômeurs qui ont renoncé à chercher du travail ou de ceux qui ont épuisé leurs prestations d’assurance-emploi. De tels taux incluent également dans la population active les travailleurs qui occupent un emploi à faible rémunération, à temps partiel ou temporaire et aléatoire, même si bon nombre de ces travailleurs veulent et ont besoin dans bien des cas d’un emploi à temps plein stable et bien rémunéré. D’ailleurs, le taux de chômage de 14 % n’est pas en soi ce qui inquiète la plupart des spécialistes. Ces derniers sont davantage préoccupés par les liens entre ce taux et d’autres facteurs.

Chômage des jeunes et sous-emploi

Les baby-boomers sont un de ces facteurs. Après l’effondrement des cours de la bourse, ils ont été nombreux à perdre leur emploi et à devoir accepter des postes qui normalement auraient été dévolus à des travailleurs plus jeunes. De plus, comme ils vivent plus longtemps, ils retardent leur retraite. En raison de ces développements, les représentants de la génération Y doivent affronter des travailleurs très chevronnés. On se retrouve alors dans une lutte inégale du genre David contre Goliath, mais à une différence près : cette fois, Goliath triomphe. Comme les possibilités sont alors quasi nulles, certains jeunes ne trouvent aucun travail. Dans d’autres cas, ils doivent accepter des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. C’est le cas surtout des diplômés des collèges et des universités. Pour les jeunes, le sous-emploi, comme on l’appelle, peut être tout aussi dommageable que le chômage.

Puisque même la plupart des emplois de col blanc d’échelon inférieur exigent maintenant la possession d’un diplôme, de nombreux nouveaux diplômés qui ne trouvent pas de travail ou qui sont sous-employés s’exposent à une stigmatisation liée au salaire. Sur le plan statistique, plus la période de chômage ou de sous-emploi est longue au moment où les jeunes devraient accéder à des postes permanents à temps plein, plus ces jeunes risquent de stagner dans des emplois peu spécialisés et de recevoir des salaires bien inférieurs à ceux prévus. Ils ne pourront donc mettre à profit leur expertise dans le domaine qu’ils ont choisi et auront de la difficulté à rembourser leurs dettes d’étude, une dépense qui s’alourdit avec chaque nouvelle cohorte. De plus, sur le plan historique, après la reprise de l’économie, les employeurs sont plus susceptibles d’embaucher les nouveaux diplômés des collèges et des universités à ce moment donné, ce qui marginalise encore plus ceux qui littéralement ont terminé leurs études au mauvais moment.

Conséquences du chômage chez les jeunes

Le fait de priver une génération complète de telles occasions cause une multitude de problèmes socioéconomiques. Lorsque les revenus sont plus faibles, les recettes fiscales sont réduites. Cela est particulièrement vrai lorsque de nombreuses personnes optent pour l’immigration en vue de trouver du travail. Le lien entre le niveau de revenu et la santé est également bien connu. En effet, plus le nombre de personnes à faibles revenus est élevé, moins la santé de ces personnes sera bonne. Au bout du compte, le système des soins de santé au Canada sera mis à rude épreuve. La santé englobe plus que les problèmes physiques. Les groupes marginalisés souffrent aussi davantage de problèmes de santé mentale comme une faible estime de soi, l’anxiété et la dépression, et ces sentiments contribuent à des troubles sociaux, y compris une augmentation du taux de criminalité.

Mesures à prendre par les employeurs

Tout n’est cependant pas perdu. Les employeurs peuvent prendre des mesures pour contribuer à diminuer le chômage chez les jeunes. Ils peuvent d’abord donner une chance aux jeunes, particulièrement les diplômés récents de collèges et d’universités. Même s’il est beaucoup question du fait que les nouveaux diplômés au Canada ne disposent pas des connaissances spécialisées exigées par la conjoncture économique du pays, comme les compétences mécaniques et techniques, des sondages menés auprès d’employeurs révèlent que ces derniers accordent une grande importance aux compétences générales comme le travail en équipe, la résolution de problème et les qualités de chef. Bien que des domaines hautement spécialisés exigent des connaissances très spécialisées, les employeurs pourraient en faire plus pour permettre aux jeunes travailleurs d’acquérir les compétences dont ils ont besoin pour réussir. La promotion d’une culture d’entreprise qui mise sur la formation est un excellent moyen pour les employeurs de conserver leur personnel et d’établir des plans de relève qui les aideront à éviter les coûts liés à la rotation du personnel ainsi que les crises de l’embauche. Une approche axée sur la formation n’est tout de même pas un changement radical. En fait, les sommes investies dans la formation en milieu de travail ont diminué de 40 % au cours des 20 dernières années. En tenant compte des coûts à long terme du manque de formation, il est temps d’inverser la tendance.

Les employeurs ne constituent en revanche qu’une partie de la réponse. Les gouvernements et les établissements d’enseignement doivent également revoir leurs politiques pour garantir que la jeunesse canadienne, c’est-à-dire l’avenir du pays, bénéficie de la protection, de l’aide et de l’éducation requises pour assurer leur réussite.

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